SANTÉ. D'après une étude portant sur l'évolution des cas de mésothéliomes depuis 1998, les salariés du BTP constituent une part grandissante des personnes atteintes d'un mésothéliome du fait d'une exposition à l'amiante. Explications.

Les déclarations de nouveaux cas de personnes atteintes d'un mésothéliome du fait d'une exposition à l'amiante semblent en baisse ces dernières années. Pour autant, parmi les malades, la part des travailleurs du secteur de la construction est en hausse. C'est ce qui ressort d'un bilan sur vingt ans que vient de publier le Programme national de surveillance du mésothéliome pleural, en activité depuis 1998 (l'amiante a été interdit en 1997 en France).

 

Pour rappel, cette pathologie grave de la plèvre constitue le principal "cancer de l'amiante", "qui survient environ 40 ans après le début de l'exposition", nous informe l'Organisme professionnel de prévention du BTP (OPPBTP) - l'amiante est par ailleurs soupçonné de favoriser le déclenchement de cancers digestifs.

 

5.625 mésothliomes déclarés depuis 1998

 

En tout, 5.625 mésothéliomes ont été enregistrés sur vingt ans (1998-2017), dont 4.309 touchant des hommes. Point potentiellement encourageant : le nombre de nouveaux cas a diminué entre la période quinquennale 2008-2012 (1.736 cas) et 2013-2017 (1.608 cas). Mais, indique le rapport, "la proportion des cas ayant exercé un emploi dans le secteur du BTP est en augmentation constante depuis 1998 pour atteindre 50% des cas diagnostiqués en 2016".

 

 

En ce qui concerne les hommes touchés, pour 91% d'entre eux, le déclenchement de la maladie est liée à une exposition professionnelle. La durée moyenne d'exposition à ce poison est de 27 ans et l'âge moyen de la première exposition est situé à 21 ans. "Les professions les plus exposantes à l'amiante parmi les professions les plus représentées chez les hommes sont les tuyauteurs industriels qualifiés (98% d'hommes exposés), les chaudronniers, tôliers industriels qualifiés (98%) et les plombiers et chauffagistes qualifiés (97%)", nous informent les auteurs du bilan du programme. Pour 3% des personnes concernées, de simples travaux de bricolage ont visiblement suffi à déclencher la maladie. Par ailleurs, 61% des hommes touchés ont également été exposés aux laines minérales (en plus de l'amiante).

 

Le problème demeure actuel pour le BTP

 

Les secteurs d'activités les plus représentés dans le programme sont la construction navale, la construction de matériel ferroviaire roulant et l'installation d'eau et de gaz. En ce qui concerne le BTP, un chiffre montre à quel point le problème de l'amiante est toujours actuel : 84% des malades n'ayant travaillé dans le BTP qu'après l'interdiction de l'amiante en 1997 ont été exposés à l'amiante. Preuve, s'il en était besoin, que les travaux d'intervention sur matériaux amiantés (sous-section 3 ou 4) constituent un risque évident.

 

Ainsi, après la première vague de malades majoritairement constituée de travailleurs de la construction navale, vient la seconde, concernant plutôt les ouvriers du BTP. "On assiste à un déplacement de la problématique 'exposition professionnelle à l'amiante' des métiers d'utilisation et de transformation de l'amiante vers les métiers d'intervention sur des matériaux contenant de l'amiante (secteur du BTP, désamiantage…)", commentent les auteurs. C'est pourquoi ils invitent à mettre en place des actions d'information et de prévention pour les salariés concernés et les jeunes en formation dans la construction.

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